L’université Cornell, le professeur d’allemand Philipps (Grit Matthias Phillipps), a commencé à demander aux étudiants d’utiliser de vieilles machines à écrire pour rédiger, afin de répondre au fait que, depuis la généralisation de l’intelligence artificielle, les élèves utilisent généralement l’IA pour rendre leurs devoirs, leur permettant ainsi de retrouver la sensation authentique de penser et d’écrire.
Le professeur a fait revenir les étudiants à l’époque des machines à écrire, pour leur faire expérimenter ce que c’était, à l’époque, sans écran d’ordinateur
Depuis 2023, Philipps observe que les devoirs soumis par les étudiants tendent vers le « parfait » : que ce soit la structure grammaticale ou le contenu des traductions, tout est cohérent avec la production générée par l’IA en ligne. Ce phénomène a suscité chez les enseignants des doutes quant au caractère authentique des performances des étudiants : si tous les devoirs ne sont pas conçus et rédigés personnellement par les élèves, l’éducation perd alors son sens. Pour cette raison, Philipps a collecté des dizaines de machines à écrire manuelles de style ancien sur le marché de l’occasion, et les a intégrées au programme de cours. L’objectif est d’aider les étudiants à se détacher de l’écran, des dictionnaires en ligne et de l’aide des correcteurs orthographiques. Cette approche expérimentale reflète les mesures prises par le milieu universitaire américain face à la transition de l’IA, afin d’empêcher les étudiants de dépendre excessivement d’un ordinateur portable pour accomplir leurs études.
Pour les étudiants adultes habitués aux téléphones intelligents et aux claviers d’ordinateur, l’utilisation d’une machine à écrire manuelle est très peu pratique. Dans le cours, les étudiants doivent apprendre comment faire avancer le papier manuellement, maîtriser la force de frappe pour éviter que l’écriture ne se brouille, et comprendre le principe du retour du chariot à sa position initiale. Ce processus manuel ralentit non seulement la vitesse de rédaction, mais oblige aussi l’utilisateur à se concentrer sur une seule tâche à la fois.
Philipps affirme que la machine à écrire crée un environnement sans distraction numérique, permettant à l’écriture de redevenir un simple processus de production. Même si elle n’a pas déclenché un mouvement culturel et artistique complet façon Renaissance, l’expérience sensorielle et le retour physique qu’elle procure offrent bel et bien aux étudiants une autre manière de comprendre le monde.
Quand le monde ne reste plus qu’avec soi-même et la machine à écrire, les étudiants commencent à réfléchir sérieusement
L’étudiant participant au cours, Ratchaphon Lertdamrongwong, indique que l’utilisation de la machine à écrire a changé la façon dont il écrit et dont il interagit avec le monde qui l’entoure. En l’absence de moteurs de recherche en temps réel et de fonctions de correction automatique, il doit se tourner vers ses pairs pour obtenir de l’aide ou mener davantage de discussions orales. Comme la machine à écrire manuelle ne dispose pas d’une touche « Delete Key », il doit aussi réfléchir davantage avant d’écrire, au lieu de dépendre aveuglément d’un brouillon généré par l’intelligence artificielle puis de le corriger. Cette contrainte, qui rend « difficile de corriger les erreurs », stimule au contraire la maîtrise du contenu de l’écriture par les étudiants : ils doivent penser de façon indépendante sans recourir à un support externe.
Quand on fait des fautes en tapant à la machine à écrire manuelle, des traces d’erreurs de frappe, impossibles à effacer, restent sur le papier ; toutefois, ces marques que l’on considérait au départ comme des défauts se transforment en une expérience indispensable du processus d’apprentissage. Mong (Katherine Mong), lorsqu’elle crée de la poésie et des textes en allemand, a d’abord été anxieuse face au désordre de la page et aux fautes de frappe, puis a appris à accepter les espacements irréguliers et les traces de corrections manuelles ; elle a même fini par considérer ces erreurs comme faisant partie intégrante du processus de création. Elle affirme être désormais devenue fascinée par la machine à écrire, et même partager avec ses proches autour d’elle sa fierté d’avoir accompli son cours d’allemand grâce à la machine à écrire.
Cet article, « Face à l’impact de l’IA générative, le professeur ramène les machines à écrire à l’école, pour que les étudiants retrouvent le sentiment d’écrire », est paru pour la première fois sur Chaîne d’info ABMedia.