En tant que l’un des artistes les plus emblématiques de notre époque, Cai Guo-Qiang redéfinit les possibilités de l’art à travers la poudre à canon, les explosions et les feux d’artifice. Né en 1957 à Quanzhou, Cai Guo-Qiang, par sa utilisation créative du médium de la poudre à canon et ses performances artistiques explosives audacieuses, enflamme le monde et présente l’invisible de manière visible — c’est aussi cette quête artistique constante qui le guide. De ses études en scénographie à sa renommée mondiale en tant qu’artiste de l’explosion, ses créations couvrent diverses formes telles que la peinture, l’installation, la vidéo et la performance, et ses œuvres sont présentes dans toutes les grandes institutions artistiques des cinq continents.
Les racines de la philosophie orientale : Quanzhou, la poudre à canon et l’accumulation culturelle
Les débuts artistiques de Cai Guo-Qiang sont profondément ancrés dans le terreau multiculturel de l’ancienne Quanzhou. Cette petite ville du sud-est de la Chine fut le point de départ de la Route de la Soie maritime antique, l’un des plus grands ports mondiaux sous la dynastie Yuan, et elle est aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le taoïsme, le bouddhisme, le catholicisme, le christianisme, l’islam, le manichéisme — presque toutes les religions du monde y cohabitent harmonieusement, lui valant le surnom de “musée des religions”. L’esprit d’ouverture confiante et d’inclusion de Quanzhou a profondément nourri la vision artistique de Cai Guo-Qiang.
Ce patrimoine d’ouverture, renforcé par l’avantage géographique unique de Quanzhou, a façonné la perspective globalisée singulière de Cai. Enfant, Quanzhou comptait de nombreuses fabriques de feux d’artifice, facilitant l’accès à la poudre à canon. En 1984, Cai Guo-Qiang commence à peindre avec de la poudre à canon dans sa ville natale, lançant ainsi une aventure créative de plusieurs décennies. Pour lui, la poudre à canon n’est plus un simple produit industriel, mais un médium artistique pour exprimer l’esprit humain. Entre 1981 et 1985, lors de ses études en scénographie à l’Académie de théâtre de Shanghai, il a déjà commencé à fusionner effets scéniques et art moderne dans une démarche innovante.
Comme Cai Guo-Qiang lui-même l’affirme : “L’inspiration pour chaque œuvre ne vient pas forcément de ma ville natale. Mais la ville natale, comme une règle ou un miroir, m’aide à percevoir la beauté des différentes cultures.” La position géographique de Quanzhou, “le ciel haut et l’empereur éloigné”, offre aux artistes une relative liberté individuelle sous le régime socialiste, ce qui a permis à Cai de développer une pensée indépendante et un esprit d’innovation.
Dialogue avec l’univers : le cœur de la philosophie créative
Pour Cai Guo-Qiang, la poudre à canon est un médium spontané, imprévisible et incontrôlable. “Plus vous cherchez à la contrôler, plus vous vous fascinez pour cette matière. Le résultat est imprévisible, et il n’y a jamais de garantie que chaque explosion soit identique. En utilisant la poudre, je peux explorer tous les sujets qui m’intéressent : la relation avec le divin, le spectacle et le divertissement, ainsi que transformer l’énergie de l’explosion en beauté et en poésie.” Cette déclaration révèle profondément la philosophie de sa création artistique.
Les œuvres de Cai s’enracinent dans la philosophie orientale, notamment dans le feng shui, la médecine traditionnelle chinoise et d’autres sagesses, qui prônent l’équilibre du yin et du yang. Cette notion d’équilibre imprègne chacune de ses œuvres. En 1992, dans le cadre du projet d’explosion “Fœtus en mouvement 2 : le neuvième plan pour les extraterrestres”, le lieu — la base d’entraînement de la défense fédérale allemande à Hanmüden — évoque la violence (yang), ce qui l’amène à introduire le “flux d’eau” (yin), ramenant la base à un équilibre naturel. Cai Guo-Qiang s’est placé au centre d’un cercle, entouré d’un second canal d’eau, avec un sismomètre sous la surface. Il relie également ses battements cardiaques et ses ondes cérébrales à un électrocardiogramme et un électroencéphalogramme, tentant de capter, dans cette conversation cosmique, le lien mystérieux entre l’homme et la nature.
L’ouverture sur la scène internationale : du Japon à New York
Entre la fin 1986 et 1995, Cai Guo-Qiang vit près de neuf ans au Japon, une période cruciale dans la formation de sa carrière. Le Japon lui permet de se concentrer davantage sur la beauté des matériaux et des formes ; il y lance ses premiers projets de détonation terrestres, initie la série “Le plan pour les extraterrestres” et crée des esquisses de poudre à canon sur le fragile mais résistant washi japonais. En 1988, dans l’espace Kigeima en banlieue de Tokyo, Cai Guo-Qiang présente pour la première fois en Japon ses œuvres d’art par explosion, avec “Espace 1”, à seulement 31 ans. Il écrit : “J’ai explosé de la poudre à canon sur des rideaux de papier, avec des miroirs, pour créer une dimension d’espace supplémentaire, une esquisse d’installation picturale.” Pendant cette période, il organise aussi sa première grande exposition personnelle, “L’éclat primordial : le plan pour les extraterrestres”.
En septembre 1995, grâce à une bourse de l’Asian Cultural Council, Cai Guo-Qiang s’installe à New York pour une résidence d’un an au P.S.1 Contemporary Art Center. Ce séjour marque un tournant dans sa carrière internationale. Rapidement, il est invité à exposer dans des musées majeurs aux États-Unis, notamment au Guggenheim SoHo en 1996 avec l’exposition “Hugo Bosh Award”, au Queens Museum en 1997, à la Biennale de Whitney en 2000, au Metropolitan Museum en 2006, et au Guggenheim de New York en 2008 pour une rétrospective. La tolérance et l’ouverture de New York lui permettent de s’y établir avec succès, avec un atelier installé dans une ancienne école de 1885, réaménagée par le célèbre cabinet d’architecture OMA, dans East Village.
Parcours des œuvres emblématiques
Vente aux enchères et reconnaissance du marché
En 2007, Cai Guo-Qiang vend une série de 14 esquisses de poudre à canon chez Christie’s pour 9,5 millions de dollars, battant un record mondial et le plaçant parmi les artistes chinois contemporains les plus chers. Ce succès témoigne de la reconnaissance de la valeur artistique de ses œuvres sur le marché.
Arc-en-ciel noir et réponse sociale
En mars 2004, Cai Guo-Qiang est invité à étudier l’espace d’exposition à l’Académie d’art moderne de Valence, en Espagne. Trois jours avant son départ, un attentat terroriste à Madrid explose un train. Cet événement inspire son œuvre. Il développe alors un feu d’artifice noir, explosé en plein jour, renversant la tradition de faire briller le ciel nocturne. Ce contraste reflète la vulnérabilité sous l’ombre du terrorisme. Le 22 mai 2005, à midi, “Arc-en-ciel noir : le plan d’explosion de Valence” est réalisé au-dessus du parc riverain de la ville, devenant la première véritable explosion de feu d’artifice en plein jour de Cai Guo-Qiang.
Mur : mémoire de Berlin et destin collectif
L’œuvre emblématique “Collision” de Cai Guo-Qiang, présentée pour la première fois le 26 août 2006 au musée Guggenheim de Berlin, met en scène 99 copies grandeur nature de loups sautant en arc dans l’air, heurtant un mur de verre transparent, puis rebondissant pour recommencer le cycle. Cette œuvre symbolise la tendance humaine à suivre aveuglément une idéologie collective et à répéter inlassablement ses erreurs. Le mur de verre, semblable à celui qui séparait Berlin-Est et Berlin-Ouest durant la Guerre froide, évoque la difficulté à faire disparaître les murs invisibles. Elle est devenue l’une de ses œuvres les plus exposées, présente dans le monde entier.
L’échelle céleste : dialogue entre nostalgie et cosmos
Le 15 juin 2015, Cai Guo-Qiang réalise à Quanzhou, sur l’île de Huiyu, son projet “L’échelle céleste”. Un gigantesque ballon d’hélium blanc soulève une échelle de feu d’artifice dorée de 500 mètres de haut et 5,5 mètres de large, s’élevant au matin sur la mer, reliant le ciel et la terre, dialoguant avec l’infini. Inspirée du rêve d’enfance de l’artiste de toucher les nuages et d’attraper les étoiles, cette œuvre, fruit de 21 ans d’échecs successifs, a finalement été réalisée à Quanzhou. Elle est dédiée à sa grand-mère centenaire, à sa famille et à sa ville natale, incarnant le retour après un long voyage, une histoire touchante sur la famille et le sentiment d’appartenance. Une vidéo filmée par un spectateur, diffusée sur Facebook, a été vue 56 millions de fois, devenant le sujet du documentaire “L’échelle céleste” réalisé par Kevin Macdonald, lauréat d’un Oscar, produit par Netflix.
Engagement social à travers le temps
Jeux olympiques et narration nationale
Cai Guo-Qiang a été membre du groupe créatif principal et chef des effets visuels pour la cérémonie d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Beijing 2008, ainsi que le chef de la conception visuelle et pyrotechnique pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux d’hiver de Beijing 2022. À travers ces scènes internationales, il a présenté l’art contemporain chinois au monde.
Le Da Vinci paysan et l’art populaire
Le 4 mai 2010, Cai Guo-Qiang organise à la Shanghai Bund Art Museum l’exposition “Le Da Vinci paysan”, présentant plus de 40 inventions agricoles qu’il a collectionnées ou commanditées. Il invente le terme “Le Da Vinci paysan” et propose des slogans comme “Le paysan, pour rendre la ville plus belle”. L’exposition évoque la contribution des paysans chinois à la modernisation et à la ville, illustrant la créativité libre d’individus hors de la volonté collective. En 2013, cette exposition tourne dans trois villes du Brésil, attirant environ un million de visiteurs, dont une étape à Rio de Janeiro, qui devient l’exposition d’artistes vivants la plus fréquentée cette année-là.
Nuage de champignons et réflexion sur l’ère nucléaire
Cai Guo-Qiang utilise fréquemment dans ses œuvres le symbole du “nuage de champignons”, emblème du XXe siècle. Lors de son premier projet artistique aux États-Unis en 1995, il se rend à la base d’essais nucléaires de Nevada, utilisant des feux d’artifice chinois achetés à Chinatown pour faire exploser une petite “nuée de champignons”. D’autres explosions de nuages de champignons ont lieu à Nevada (avec Michael Haze dans “Double négation”), Salt Lake City (avec Robert Smithson dans “Spiral Jetty”) ainsi qu’à New York et dans le New Jersey. Ces œuvres constituent “Le siècle avec le nuage de champignons : le plan pour le XXe siècle” (1996), qui devient la couverture de l’histoire de l’art du XXe siècle. La nuée de champignons dans ses mains symbolise la contradiction humaine entre l’usage du feu et la possession de l’énergie nucléaire.
Arc-en-ciel mobile et guérison collective
Le 29 juin 2002, “Arc-en-ciel mobile” est réalisé sur l’East River à New York, marquant la première fois qu’un feu d’artifice est autorisé dans la ville après les attentats du 11 septembre. Cai Guo-Qiang, conscient de l’importance de cette explosion, choisit le thème du rainbow, symbolisant “la renaissance” et “l’espoir”, en traversant Manhattan et Queens. Il développe des fusées à feu d’artifice équipées de puces électroniques pour contrôler précisément la hauteur et le timing de chaque explosion. La scène spectaculaire rassemble le public.
Rétrospective et reconnaissance dans les musées internationaux
Première rétrospective au Guggenheim
Le 1er août 1997, “Cai Guo-Qiang : La grande baignade culturelle : le plan pour le XXe siècle” ouvre au musée Guggenheim de New York, sa première exposition personnelle aux États-Unis. L’installation invite le public à entrer dans une baignoire fabriquée aux États-Unis, équipée de dispositifs de massage, remplie d’herbes médicinales chinoises, dans un jardin de rocaille chinois. Cai joue avec l’idée de la fusion culturelle de New York, invitant directement le public à participer à cette baignade collective, créant un espace social unique.
Le “Je veux croire” au musée Guggenheim de New York est sa première rétrospective individuelle, présentant ses quatre grandes catégories d’œuvres : esquisses de poudre à canon, plans d’explosion, grandes installations et projets sociaux. L’exposition rassemble ses œuvres majeures de la fin des années 1980 à 2008, soulignant sa contribution exceptionnelle à l’art contemporain et à l’engagement social. Elle établit un record de fréquentation pour une rétrospective d’artiste visuel au Guggenheim de New York, puis tourne dans d’autres musées comme le Guggenheim de Bilbao, attirant environ 560 000 visiteurs, dépassant la population totale de la ville.
Les sept participations à la Biennale de Venise
La Biennale de Venise, avec ses plus de cent ans d’histoire, est l’un des festivals artistiques les plus prestigieux au monde. Cai Guo-Qiang y participe sept fois, en tant qu’artiste exposant, commissaire ou invité parallèle, et remporte plusieurs prix. En 1995, il y présente “Les choses oubliées de Marco Polo” et reçoit le premier prix Benesse. En 1999, il remporte le Lion d’or avec “Le pensionnat de Venise”. Cette œuvre invite l’un des artistes originaux, Long Xuli, et une jeune sculpture à recréer sur place la sculpture socialiste “Le pensionnat” de 1965, illustrant la lutte contre l’exploitation. Par cette mise en scène, Cai Guo-Qiang fait de l’artiste et du destin de l’époque le sujet de l’œuvre.
Dialogue entre civilisations orientale et occidentale
Exposant dans des musées et sites culturels majeurs comme le Prado, l’Uffizi, le Pushkin, Pompéi, le Guggenheim, Cai Guo-Qiang mène une “voyage à travers l’histoire de l’art occidental”. Par ce dialogue, il pose des questions fondamentales : les civilisations peuvent-elles se respecter mutuellement ? Les cultures brillantes d’autres civilisations peuvent-elles devenir un patrimoine commun de l’humanité ?
Le 24 mai 2019, le National Gallery of Victoria à Melbourne, en Australie, organise une grande exposition personnelle “Paysages éphémères”. Elle mêle pour la première fois dans un même espace la célèbre armée de terre cuite et l’art contemporain. Les œuvres monumentales de Cai Guo-Qiang, notamment ses peintures de poudre à canon et installations, dialoguent avec les objets anciens de l’exposition “Les gardiens éternels” de l’armée de terre cuite, dans une confrontation de formes, matériaux, idées et espaces. Cai Guo-Qiang déclare : “Ces deux expositions, séparées par plus de 2000 ans, se déroulent simultanément dans un même espace… Je souhaite poser une nouvelle question à travers cette forme d’exposition : comment faire de l’art une œuvre d’art à partir de reliques traditionnelles ? ‘Les gardiens éternels’ ne peuvent pas préserver l’empire et le pouvoir des rois, tout comme la dynastie Qin fut éphémère. ‘L’éphémère’ est éternel.”
Innovation à l’ère du numérique : NFT et immortalité digitale
Le 14 juillet 2021, Cai Guo-Qiang publie son premier projet NFT, “L’éternité du moment — 101 explosions de poudre à canon”. Commandé par le musée d’art de Shanghai pour son dixième anniversaire, il transforme en NFT l’“instant d’explosion” essentiel de ses œuvres de poudre à canon, issus de sa “voyage à travers l’histoire de l’art occidental”. La vente aux enchères atteint 2,5 millions de dollars, établissant un record pour une œuvre NFT d’un artiste non cryptographique. La moitié des fonds est reversée au musée d’art de Shanghai pour soutenir ses projets futurs et la recherche en art numérique.
En prolongement de ce NFT, Cai Guo-Qiang crée “Self-Explosion” (Se détruire soi-même). Composée de 99 éditions limitées à 999 dollars chacune, cette œuvre permet à ses propriétaires d’interagir avec Cai Guo-Qiang via une communauté exclusive, et d’être invités à ses futurs événements artistiques mondiaux.
La mission artistique éternelle
Pour ses contributions exceptionnelles à l’échange culturel international, Cai Guo-Qiang reçoit en 2012, avec quatre autres artistes, la première “Medaille d’art” décernée par le Département d’État américain.
Au musée de Pudong, Cai Guo-Qiang conçoit pour la salle X, haute d’environ 30 mètres, une installation lumineuse dynamique adaptée au lieu, intitulée “Rencontre avec l’inconnu”. Inspirée par la cosmologie maya, cette œuvre raconte, à travers une tour de feux d’artifice mexicains construite à la main et une peinture lumineuse contrôlée par ordinateur, des histoires de “détachement de la gravité” et “d’étreinte de l’univers” dans différentes civilisations et visions cosmiques, créant un tableau multidimensionnel plein d’imagination et de mouvement. Elle exprime l’aspiration humaine à l’univers depuis l’Antiquité, transmettant la curiosité et le désir de l’humanité pour l’inconnu dans un monde incertain.
Le parcours artistique de Cai Guo-Qiang est une conversation entre les époques et les civilisations. De Quanzhou au Japon, du Japon à New York, puis à Venise, Pékin, Melbourne… Avec son langage unique de la poudre à canon, il donne vie à l’invisible, transformant chaque explosion en un instant d’éternité. Comme le prône sa philosophie artistique, il cherche à exprimer l’invisible par le tangible — une quête qui l’accompagne depuis des décennies, fondement de sa vision cosmique.
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
L'univers artistique de Cai Guo-Qiang : du poudre à la voyage éternel des lettres
En tant que l’un des artistes les plus emblématiques de notre époque, Cai Guo-Qiang redéfinit les possibilités de l’art à travers la poudre à canon, les explosions et les feux d’artifice. Né en 1957 à Quanzhou, Cai Guo-Qiang, par sa utilisation créative du médium de la poudre à canon et ses performances artistiques explosives audacieuses, enflamme le monde et présente l’invisible de manière visible — c’est aussi cette quête artistique constante qui le guide. De ses études en scénographie à sa renommée mondiale en tant qu’artiste de l’explosion, ses créations couvrent diverses formes telles que la peinture, l’installation, la vidéo et la performance, et ses œuvres sont présentes dans toutes les grandes institutions artistiques des cinq continents.
Les racines de la philosophie orientale : Quanzhou, la poudre à canon et l’accumulation culturelle
Les débuts artistiques de Cai Guo-Qiang sont profondément ancrés dans le terreau multiculturel de l’ancienne Quanzhou. Cette petite ville du sud-est de la Chine fut le point de départ de la Route de la Soie maritime antique, l’un des plus grands ports mondiaux sous la dynastie Yuan, et elle est aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le taoïsme, le bouddhisme, le catholicisme, le christianisme, l’islam, le manichéisme — presque toutes les religions du monde y cohabitent harmonieusement, lui valant le surnom de “musée des religions”. L’esprit d’ouverture confiante et d’inclusion de Quanzhou a profondément nourri la vision artistique de Cai Guo-Qiang.
Ce patrimoine d’ouverture, renforcé par l’avantage géographique unique de Quanzhou, a façonné la perspective globalisée singulière de Cai. Enfant, Quanzhou comptait de nombreuses fabriques de feux d’artifice, facilitant l’accès à la poudre à canon. En 1984, Cai Guo-Qiang commence à peindre avec de la poudre à canon dans sa ville natale, lançant ainsi une aventure créative de plusieurs décennies. Pour lui, la poudre à canon n’est plus un simple produit industriel, mais un médium artistique pour exprimer l’esprit humain. Entre 1981 et 1985, lors de ses études en scénographie à l’Académie de théâtre de Shanghai, il a déjà commencé à fusionner effets scéniques et art moderne dans une démarche innovante.
Comme Cai Guo-Qiang lui-même l’affirme : “L’inspiration pour chaque œuvre ne vient pas forcément de ma ville natale. Mais la ville natale, comme une règle ou un miroir, m’aide à percevoir la beauté des différentes cultures.” La position géographique de Quanzhou, “le ciel haut et l’empereur éloigné”, offre aux artistes une relative liberté individuelle sous le régime socialiste, ce qui a permis à Cai de développer une pensée indépendante et un esprit d’innovation.
Dialogue avec l’univers : le cœur de la philosophie créative
Pour Cai Guo-Qiang, la poudre à canon est un médium spontané, imprévisible et incontrôlable. “Plus vous cherchez à la contrôler, plus vous vous fascinez pour cette matière. Le résultat est imprévisible, et il n’y a jamais de garantie que chaque explosion soit identique. En utilisant la poudre, je peux explorer tous les sujets qui m’intéressent : la relation avec le divin, le spectacle et le divertissement, ainsi que transformer l’énergie de l’explosion en beauté et en poésie.” Cette déclaration révèle profondément la philosophie de sa création artistique.
Les œuvres de Cai s’enracinent dans la philosophie orientale, notamment dans le feng shui, la médecine traditionnelle chinoise et d’autres sagesses, qui prônent l’équilibre du yin et du yang. Cette notion d’équilibre imprègne chacune de ses œuvres. En 1992, dans le cadre du projet d’explosion “Fœtus en mouvement 2 : le neuvième plan pour les extraterrestres”, le lieu — la base d’entraînement de la défense fédérale allemande à Hanmüden — évoque la violence (yang), ce qui l’amène à introduire le “flux d’eau” (yin), ramenant la base à un équilibre naturel. Cai Guo-Qiang s’est placé au centre d’un cercle, entouré d’un second canal d’eau, avec un sismomètre sous la surface. Il relie également ses battements cardiaques et ses ondes cérébrales à un électrocardiogramme et un électroencéphalogramme, tentant de capter, dans cette conversation cosmique, le lien mystérieux entre l’homme et la nature.
L’ouverture sur la scène internationale : du Japon à New York
Entre la fin 1986 et 1995, Cai Guo-Qiang vit près de neuf ans au Japon, une période cruciale dans la formation de sa carrière. Le Japon lui permet de se concentrer davantage sur la beauté des matériaux et des formes ; il y lance ses premiers projets de détonation terrestres, initie la série “Le plan pour les extraterrestres” et crée des esquisses de poudre à canon sur le fragile mais résistant washi japonais. En 1988, dans l’espace Kigeima en banlieue de Tokyo, Cai Guo-Qiang présente pour la première fois en Japon ses œuvres d’art par explosion, avec “Espace 1”, à seulement 31 ans. Il écrit : “J’ai explosé de la poudre à canon sur des rideaux de papier, avec des miroirs, pour créer une dimension d’espace supplémentaire, une esquisse d’installation picturale.” Pendant cette période, il organise aussi sa première grande exposition personnelle, “L’éclat primordial : le plan pour les extraterrestres”.
En septembre 1995, grâce à une bourse de l’Asian Cultural Council, Cai Guo-Qiang s’installe à New York pour une résidence d’un an au P.S.1 Contemporary Art Center. Ce séjour marque un tournant dans sa carrière internationale. Rapidement, il est invité à exposer dans des musées majeurs aux États-Unis, notamment au Guggenheim SoHo en 1996 avec l’exposition “Hugo Bosh Award”, au Queens Museum en 1997, à la Biennale de Whitney en 2000, au Metropolitan Museum en 2006, et au Guggenheim de New York en 2008 pour une rétrospective. La tolérance et l’ouverture de New York lui permettent de s’y établir avec succès, avec un atelier installé dans une ancienne école de 1885, réaménagée par le célèbre cabinet d’architecture OMA, dans East Village.
Parcours des œuvres emblématiques
Vente aux enchères et reconnaissance du marché
En 2007, Cai Guo-Qiang vend une série de 14 esquisses de poudre à canon chez Christie’s pour 9,5 millions de dollars, battant un record mondial et le plaçant parmi les artistes chinois contemporains les plus chers. Ce succès témoigne de la reconnaissance de la valeur artistique de ses œuvres sur le marché.
Arc-en-ciel noir et réponse sociale
En mars 2004, Cai Guo-Qiang est invité à étudier l’espace d’exposition à l’Académie d’art moderne de Valence, en Espagne. Trois jours avant son départ, un attentat terroriste à Madrid explose un train. Cet événement inspire son œuvre. Il développe alors un feu d’artifice noir, explosé en plein jour, renversant la tradition de faire briller le ciel nocturne. Ce contraste reflète la vulnérabilité sous l’ombre du terrorisme. Le 22 mai 2005, à midi, “Arc-en-ciel noir : le plan d’explosion de Valence” est réalisé au-dessus du parc riverain de la ville, devenant la première véritable explosion de feu d’artifice en plein jour de Cai Guo-Qiang.
Mur : mémoire de Berlin et destin collectif
L’œuvre emblématique “Collision” de Cai Guo-Qiang, présentée pour la première fois le 26 août 2006 au musée Guggenheim de Berlin, met en scène 99 copies grandeur nature de loups sautant en arc dans l’air, heurtant un mur de verre transparent, puis rebondissant pour recommencer le cycle. Cette œuvre symbolise la tendance humaine à suivre aveuglément une idéologie collective et à répéter inlassablement ses erreurs. Le mur de verre, semblable à celui qui séparait Berlin-Est et Berlin-Ouest durant la Guerre froide, évoque la difficulté à faire disparaître les murs invisibles. Elle est devenue l’une de ses œuvres les plus exposées, présente dans le monde entier.
L’échelle céleste : dialogue entre nostalgie et cosmos
Le 15 juin 2015, Cai Guo-Qiang réalise à Quanzhou, sur l’île de Huiyu, son projet “L’échelle céleste”. Un gigantesque ballon d’hélium blanc soulève une échelle de feu d’artifice dorée de 500 mètres de haut et 5,5 mètres de large, s’élevant au matin sur la mer, reliant le ciel et la terre, dialoguant avec l’infini. Inspirée du rêve d’enfance de l’artiste de toucher les nuages et d’attraper les étoiles, cette œuvre, fruit de 21 ans d’échecs successifs, a finalement été réalisée à Quanzhou. Elle est dédiée à sa grand-mère centenaire, à sa famille et à sa ville natale, incarnant le retour après un long voyage, une histoire touchante sur la famille et le sentiment d’appartenance. Une vidéo filmée par un spectateur, diffusée sur Facebook, a été vue 56 millions de fois, devenant le sujet du documentaire “L’échelle céleste” réalisé par Kevin Macdonald, lauréat d’un Oscar, produit par Netflix.
Engagement social à travers le temps
Jeux olympiques et narration nationale
Cai Guo-Qiang a été membre du groupe créatif principal et chef des effets visuels pour la cérémonie d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Beijing 2008, ainsi que le chef de la conception visuelle et pyrotechnique pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux d’hiver de Beijing 2022. À travers ces scènes internationales, il a présenté l’art contemporain chinois au monde.
Le Da Vinci paysan et l’art populaire
Le 4 mai 2010, Cai Guo-Qiang organise à la Shanghai Bund Art Museum l’exposition “Le Da Vinci paysan”, présentant plus de 40 inventions agricoles qu’il a collectionnées ou commanditées. Il invente le terme “Le Da Vinci paysan” et propose des slogans comme “Le paysan, pour rendre la ville plus belle”. L’exposition évoque la contribution des paysans chinois à la modernisation et à la ville, illustrant la créativité libre d’individus hors de la volonté collective. En 2013, cette exposition tourne dans trois villes du Brésil, attirant environ un million de visiteurs, dont une étape à Rio de Janeiro, qui devient l’exposition d’artistes vivants la plus fréquentée cette année-là.
Nuage de champignons et réflexion sur l’ère nucléaire
Cai Guo-Qiang utilise fréquemment dans ses œuvres le symbole du “nuage de champignons”, emblème du XXe siècle. Lors de son premier projet artistique aux États-Unis en 1995, il se rend à la base d’essais nucléaires de Nevada, utilisant des feux d’artifice chinois achetés à Chinatown pour faire exploser une petite “nuée de champignons”. D’autres explosions de nuages de champignons ont lieu à Nevada (avec Michael Haze dans “Double négation”), Salt Lake City (avec Robert Smithson dans “Spiral Jetty”) ainsi qu’à New York et dans le New Jersey. Ces œuvres constituent “Le siècle avec le nuage de champignons : le plan pour le XXe siècle” (1996), qui devient la couverture de l’histoire de l’art du XXe siècle. La nuée de champignons dans ses mains symbolise la contradiction humaine entre l’usage du feu et la possession de l’énergie nucléaire.
Arc-en-ciel mobile et guérison collective
Le 29 juin 2002, “Arc-en-ciel mobile” est réalisé sur l’East River à New York, marquant la première fois qu’un feu d’artifice est autorisé dans la ville après les attentats du 11 septembre. Cai Guo-Qiang, conscient de l’importance de cette explosion, choisit le thème du rainbow, symbolisant “la renaissance” et “l’espoir”, en traversant Manhattan et Queens. Il développe des fusées à feu d’artifice équipées de puces électroniques pour contrôler précisément la hauteur et le timing de chaque explosion. La scène spectaculaire rassemble le public.
Rétrospective et reconnaissance dans les musées internationaux
Première rétrospective au Guggenheim
Le 1er août 1997, “Cai Guo-Qiang : La grande baignade culturelle : le plan pour le XXe siècle” ouvre au musée Guggenheim de New York, sa première exposition personnelle aux États-Unis. L’installation invite le public à entrer dans une baignoire fabriquée aux États-Unis, équipée de dispositifs de massage, remplie d’herbes médicinales chinoises, dans un jardin de rocaille chinois. Cai joue avec l’idée de la fusion culturelle de New York, invitant directement le public à participer à cette baignade collective, créant un espace social unique.
Le “Je veux croire” au musée Guggenheim de New York est sa première rétrospective individuelle, présentant ses quatre grandes catégories d’œuvres : esquisses de poudre à canon, plans d’explosion, grandes installations et projets sociaux. L’exposition rassemble ses œuvres majeures de la fin des années 1980 à 2008, soulignant sa contribution exceptionnelle à l’art contemporain et à l’engagement social. Elle établit un record de fréquentation pour une rétrospective d’artiste visuel au Guggenheim de New York, puis tourne dans d’autres musées comme le Guggenheim de Bilbao, attirant environ 560 000 visiteurs, dépassant la population totale de la ville.
Les sept participations à la Biennale de Venise
La Biennale de Venise, avec ses plus de cent ans d’histoire, est l’un des festivals artistiques les plus prestigieux au monde. Cai Guo-Qiang y participe sept fois, en tant qu’artiste exposant, commissaire ou invité parallèle, et remporte plusieurs prix. En 1995, il y présente “Les choses oubliées de Marco Polo” et reçoit le premier prix Benesse. En 1999, il remporte le Lion d’or avec “Le pensionnat de Venise”. Cette œuvre invite l’un des artistes originaux, Long Xuli, et une jeune sculpture à recréer sur place la sculpture socialiste “Le pensionnat” de 1965, illustrant la lutte contre l’exploitation. Par cette mise en scène, Cai Guo-Qiang fait de l’artiste et du destin de l’époque le sujet de l’œuvre.
Dialogue entre civilisations orientale et occidentale
Exposant dans des musées et sites culturels majeurs comme le Prado, l’Uffizi, le Pushkin, Pompéi, le Guggenheim, Cai Guo-Qiang mène une “voyage à travers l’histoire de l’art occidental”. Par ce dialogue, il pose des questions fondamentales : les civilisations peuvent-elles se respecter mutuellement ? Les cultures brillantes d’autres civilisations peuvent-elles devenir un patrimoine commun de l’humanité ?
Le 24 mai 2019, le National Gallery of Victoria à Melbourne, en Australie, organise une grande exposition personnelle “Paysages éphémères”. Elle mêle pour la première fois dans un même espace la célèbre armée de terre cuite et l’art contemporain. Les œuvres monumentales de Cai Guo-Qiang, notamment ses peintures de poudre à canon et installations, dialoguent avec les objets anciens de l’exposition “Les gardiens éternels” de l’armée de terre cuite, dans une confrontation de formes, matériaux, idées et espaces. Cai Guo-Qiang déclare : “Ces deux expositions, séparées par plus de 2000 ans, se déroulent simultanément dans un même espace… Je souhaite poser une nouvelle question à travers cette forme d’exposition : comment faire de l’art une œuvre d’art à partir de reliques traditionnelles ? ‘Les gardiens éternels’ ne peuvent pas préserver l’empire et le pouvoir des rois, tout comme la dynastie Qin fut éphémère. ‘L’éphémère’ est éternel.”
Innovation à l’ère du numérique : NFT et immortalité digitale
Le 14 juillet 2021, Cai Guo-Qiang publie son premier projet NFT, “L’éternité du moment — 101 explosions de poudre à canon”. Commandé par le musée d’art de Shanghai pour son dixième anniversaire, il transforme en NFT l’“instant d’explosion” essentiel de ses œuvres de poudre à canon, issus de sa “voyage à travers l’histoire de l’art occidental”. La vente aux enchères atteint 2,5 millions de dollars, établissant un record pour une œuvre NFT d’un artiste non cryptographique. La moitié des fonds est reversée au musée d’art de Shanghai pour soutenir ses projets futurs et la recherche en art numérique.
En prolongement de ce NFT, Cai Guo-Qiang crée “Self-Explosion” (Se détruire soi-même). Composée de 99 éditions limitées à 999 dollars chacune, cette œuvre permet à ses propriétaires d’interagir avec Cai Guo-Qiang via une communauté exclusive, et d’être invités à ses futurs événements artistiques mondiaux.
La mission artistique éternelle
Pour ses contributions exceptionnelles à l’échange culturel international, Cai Guo-Qiang reçoit en 2012, avec quatre autres artistes, la première “Medaille d’art” décernée par le Département d’État américain.
Au musée de Pudong, Cai Guo-Qiang conçoit pour la salle X, haute d’environ 30 mètres, une installation lumineuse dynamique adaptée au lieu, intitulée “Rencontre avec l’inconnu”. Inspirée par la cosmologie maya, cette œuvre raconte, à travers une tour de feux d’artifice mexicains construite à la main et une peinture lumineuse contrôlée par ordinateur, des histoires de “détachement de la gravité” et “d’étreinte de l’univers” dans différentes civilisations et visions cosmiques, créant un tableau multidimensionnel plein d’imagination et de mouvement. Elle exprime l’aspiration humaine à l’univers depuis l’Antiquité, transmettant la curiosité et le désir de l’humanité pour l’inconnu dans un monde incertain.
Le parcours artistique de Cai Guo-Qiang est une conversation entre les époques et les civilisations. De Quanzhou au Japon, du Japon à New York, puis à Venise, Pékin, Melbourne… Avec son langage unique de la poudre à canon, il donne vie à l’invisible, transformant chaque explosion en un instant d’éternité. Comme le prône sa philosophie artistique, il cherche à exprimer l’invisible par le tangible — une quête qui l’accompagne depuis des décennies, fondement de sa vision cosmique.